Force et violence de la Marseillaise
La Marseillaise a deux faces.
D'un côté elle a donné force et enthousiasme aux civils et aux soldats de la Révolution.
Elle arrive à Paris le 30 juillet 1792 avec le bataillon des Marseillais, qui participe de façon décisive à l'attaque du palais des Tuileries le 10 août 1792, menant à la chute de la monarchie.
Sur le front, Carnot, l'« organisateur de la victoire », affirme : « la Marseillaise a donné 100 000 défenseurs à la Patrie ». "J'ai gagné une bataille, la Marseillaise commandait avec moi" dit un général.
En face, les allemands en sont terrorisés : « l'hymne terrible des Marseillais, écrit un officier. Décrire l'effet de cet hymne chanté par des milliers de voix est chose humainement impossible ».
Le poète Klopstock écrit à Rouget de Lisle : « vous êtes un homme terrible, votre chant a moissonné 50.000 braves allemands », et Goethe, en novembre 1792, déclare n'avoir « … jamais connu quelque chose d'aussi effrayant qu'une marche guerrière dans le mode mineur... l'exemple le plus éminent est donné par la Marche des Marseillais ».

D'un autre côté, cette force enthousiaste qui fit certainement avancer la Révolution coïncide avec un nombre très élevé de victimes, sans que l'on puisse dire si la Marseillaise "la chanson la plus sanglante de toute l'histoire", selon Serge Gainsbourg, y eut une part précise.
Alors qu'on estime qu'il y eut entre 1500 et 2500 morts dans les révoltes et massacres de 1789 à juillet 1792, on dénombre 800 à 1000 morts dès la prise des Tuileries du 10 août 1792, et entre 150.000 à 200.000 morts (hors guerres extérieures) d'août 1792 à août 1794 (fin de la grande Terreur).
Et si la Marseillaise devint chant national le 14 juillet 1795, l'historien Côme SIMIEN, écrit dans l'Humanité qu'elle fut réservée aux troupes et n'en devint pas pour autant l'hymne officiel de toute la nation.
« La Marseillaise est-elle devenue une première fois, le 14 juillet 1795, l'hymne de la République française, un siècle avant que la IIIe République n'en fasse à son tour, en 1879, le « chant national » ? On le lit souvent. L'affirmation mérite pourtant examen…
Depuis Thermidor (chute de Robespierre), toutefois, on ne l'entonnait plus guère lors des occasions officielles. Avoir été le chant le plus célèbre des années 1792-1794 devait le rendre suspect…
La Marseillaise sera consignée dans le procès-verbal de la séance, et la « garde montante » de l'Assemblée nationale l'interprétera chaque jour. C'est tout. Et, même si la mesure est ensuite élargie aux gardes nationales et aux troupes de ligne, c'est trop peu pour écrire qu'elle est devenue, là, l'hymne officiel de toute la nation. Tenant à distance le « citoyen révolutionnaire » (qui hante le souvenir de cette mélopée), la mesure du jour, prudente, réserve la Marseillaise aux archives et au fait militaire. » (l'Humanité, 24 juillet 2025) (texte complet à lire sur l'hermine rouge).

